Nouveaux élus locaux, nouvelles politiques ESS ?
Source : Rhône-AlpeSolidaires
Elue à la ville de Lille en charge de l'économie sociale et solidaire, Christiane Bouchart préside le Réseau des territoires pour l'économie solidaire (RTES) qui rassemble des élus et techniciens de collectivités locales engagés dans une démarche de développement durable, qui mettent en avant les dimensions sociales et humaines de l’économie. A l'occasion de la journée d'étude « Les politiques publiques d'économie sociale et solidaire » organisée le 2 juillet prochain, nous avons évoqué avec elle les relations entre collectivités locales et structures ESS.
Les dernières élections locales semblent marquer une permanence, voire une progression du nombre d'élus ESS, cela signifie-t-il que l'économie sociale et solidaire est durablement reconnue ?
Il y a probablement un maintien du nombre d'élus mais il est encore un peu tôt pour parler de développement. C'est d'autant plus difficile à déterminer que les intitulés des délégations ne sont pas toujours clairs ou que l'ESS est associée à d'autres thématiques ; coopération décentralisée, commerce équitable ou insertion.... Nous ferons un repérage lors de la journée d'échanges du RTES le 2 juillet prochain à laquelle nous avons invités toutes les communes de plus de 10 000 habitants.
Il semble tout de même que l'ESS s'installe dans le « paysage » des collectivités locales...
C'est vrai que l'ESS commence à être reconnue comme un atout pour le développement local et l’innovation sur un territoire. Il y a des choses qui bougent, comme on peut le constater avec la recrudescence du modèle coopératif. Les coopératives d'activité et d'emploi sont maintenant reconnues au même titre que les boutiques de gestion. D’autre part, la hausse des coûts de transport et de déplacement repose les questions de relocalisation de l’économie, des circuits courts, sur lesquelles l’ESS a une longueur d’avance et pourrait apporter des choses au monde économique.
Qu'est-ce qui, selon vous, manque encore aux acteurs de l'ESS pour être reconnus et appuyés à hauteur de ce qu'ils représentent en terme d'activités et d'emplois sur un territoire ?
Il faut certainement continuer à comptabiliser les emplois de l’ESS, mais qualifier la richesse produite reste compliqué. Or l'ESS doit évaluer son impact et rendre compte de l'usage de l’argent public. Des expérimentations sont en cours. Certaines structures mettent en place des démarches de progrès ou des indicateurs qui visent à compléter les références classiques du budget ou du nombre d’emploi. Mais nous n’avons pas encore de norme partagée entre les différents territoires.
Il faudra pourtant arriver à rendre compte de cette dynamique de création et d’attractivité sur un territoire. L’ESS c’est une vitalité, celle de toutes petites entreprises qui créent de l’activité pour répondre à des besoins nouveaux, en matière d’environnement, de santé ou encore pour la petite enfance. Il ne s’agit pas simplement de compter les emplois créés à chaque fois mais de considérer aussi le besoin couvert.
Cela ne tient-il pas aussi à la méconnaissance des collectivités locales en matière d'ESS ?
Il est vrai que l'on bute aussi sur le manque de formation des techniciens comme des élus des collectivités. Il y a là un véritable besoin qui nécessite un travail de conviction pour démontrer sans cesse cette richesse, qui tient aux valeurs de l’ESS et pas simplement à ses statuts. Mais nous avons maintenant des exemples à mettre en avant. Le RTES met d’ailleurs en place une formation avec le CNAM (Centre national des arts et métiers) qui s'adresse aussi bien aux techniciens des collectivités qu'aux acteurs de terrain.
Cela permet-il d'espérer que les rapports entre les collectivités et les structures ESS puissent sortir du débat instrumentalisation / clientélisme ?
Pour cela, les collectivités locales peuvent mettre en place des politiques pluriannuelles qui donnent aux acteurs une visibilité à moyen terme. L'animation territoriale qui vise à susciter des projets pertinents pourrait aussi être déléguée aux acteurs ESS. Mais ce qui reste primordial, c’est le mode de faire. Comment met-on de la démocratie dans ces politiques ? Comment co-élaborer, comment co-évaluer ? Ces questions sur l'enjeu du partage du pouvoir traversent les pratiques de l’ESS. Il ne s'agit pas que l’élu local délègue sa fonction de décision, mais bien d'arriver à un processus qui soit plus collectif. Pour avancer sur cette voie, la contractualisation sur la base de projets partagés me paraît être une bonne pratique..
Le développement des outils Internet qui allient interactivité et réseaux sociaux n'offrent-ils pas des perspectives aux acteurs ESS et aux collectivités pour travailler ensemble ?
Ces outils sont effectivement intéressants en terme de démocratie participative. Ce sont des facilitateurs. Ils simplifient grandement la circulation de l’information, mais ils ne peuvent pas remplacer les échanges en face à face. Ils donnent l’envie d’aller plus loin notamment en terme de participation. Mais il faut s'interroger aussi sur ceux qui en bénéficient. Qui s’approprie vraiment ces outils de réseaux ? Attention également à la saturation et à l'impression d’immédiateté que ces outils suscitent. Il nous faut là encore apprivoiser leur usage.
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