OIP Grenoble, passer la muraille du silence
Source : RhoneSolidaires
C’est en se confrontant elle-même à l’univers pénitentiaire en tant que famille de détenu que Martine Joanin, présidente du groupe local de l’Observatoire international des prisons, a constaté à quel point la prison constituait un monde à part : « l’information y circule de manière informelle, les règles y sont opaques, les familles sont peu considérées ». « L’envie de réagir et de faire connaître cette situation m’a poussée à me rapprocher de plusieurs associations qui travaillent autour de la prison et c’est auprès de l’Observatoire international des prisons que j’ai trouvé le plus d’affinités en lien avec mon envie de militer pour une amélioration de la situation. » C’est ainsi que le groupe local de Grenoble a été crée en 1998 et qu’il réalise un travail en lien avec le réseau de l’OIP en France.
Briser la chape de silence
Crée en France en 1992, l’OIP a pour objet de faire connaître la situation pénitentiaire au regard des droits internationaux et des lois nationales. Les prisons ne communiquent pas, les témoignages de la vie à l’intérieur des prisons sont le seul moyen de connaître ce qui s’y passe. L’OIP s’appuie sur les groupes locaux constitués autour des maisons d’arrêt et des prisons pour récolter au quotidien les informations en provenance de l’intérieur auprès de l’ensemble des personnes qui entrent en prison : familles, personnels, éducateurs, avocats, intervenants culturels, anciens détenus… « Face au silence de l’institution, toute information est bonne à connaître, explique Martine Joanin, mais elle est très éparse et diffuse. Nos sources sont multiples et il est nécessaire de recouper les informations pour les avérer. » Pour cela les bénévoles du groupes sont présents chaque semaine à l’entrée de la maison d’arrêt de Varces pour rencontrer les familles au moment des parloirs. Les familles peuvent également être écoutées lors des deux permanences hebdomadaires dans l’agglomération ou sur rendez-vous. « Leur besoin d’écoute est énorme et nous commençons par prendre le temps de cette écoute », ajoute-t-elle.

Lutter contre les idées toutes faites
Mères, frères ou enfants de détenus, avocats, étudiants, enseignants et simples citoyens soucieux de s’informer, les membres et sympathisants de l’association se retrouvent chaque mois pour échanger les infos récoltées, déterminer celles à approfondir, préparer les actions de sensibilisation au public, ou s’acquitter des tâches administratives de l’association. La sensibilisation du public sur la prison est une tâche difficile. « Nous intervenons à la demande dans les classes de collèges par exemple avec un ancien détenu qui témoigne auprès des enfants. C’est un moyen de sortir des idées toutes faites et de donner une existence à des formules médiatiques déshumanisées. Nous disposons d’une cellule reconstituée à l’identique à partir d’une cellule de la maison d’arrêt de Varces, que nous exposons occasionnellement pour montrer au grand public ce que représente l’espace d’une cellule. Cette cellule témoin a été construite par des professionnels de décor de théatre grâce à une aide financiére de la METRO et au pilotage de l'OIP et de l'association étudiante Genepi qui intervient dans les prisons. Nous incitons aussi les responsables politiques locaux à visiter la prison de Varces pour faire le constat par eux-mêmes de la situation.»
Quelques chiffres sur la maison d’arrêt de Varces
Comme le reste des établissements en France, la maison d’arrêt de Varces fait face à une sur-population. Pour une capacité de 230 places, elle compte aujourd’hui environ 350 détenus dont un tiers sont des prévenus en attente de jugement. Le quartier des mineurs compte une vingtaine de jeunes. « Cette surpopulation n’est pas homogène, précise Mme Joanin, elle se concentre dans certaines cellules. Ce qui entraine bien sur des tensions et des conséquences sur les violences et la santé des détenus. Concernant les activités possibles, les ateliers permettent de travailler à 70 personnes et une trentaine de détenus réalisent les travaux de nettoyage et maintenance des espaces communs. Mais il y a très peu de formations proposées, et il est dommage que ce temps de détention ne soit pas utilisé à la formation, notamment pour les personnes illettrées.»
Et à la sortie ?
Au delà de la collecte d'information, l'OIP rappelle les textes de loi qui doivent s'appliquer et milite pour une information sur ces droits à l'intérieur des prisons auprès des détenus. Mais également sur leurs droits au moment de la sortie de prison. " Beaucoup de détenus s'avèrent très peu informés de leur droit et des dispositifs en place pour leur sortie, ajoute Martine Joanin. Certains se retrouvent un matin de l'autre côté de la grille sans la moindre idée et sans même de quoi téléphoner ou prendre un transport. Ce constat que j'ai eu l'occasion de faire nous a inspiré l'élaboration d'un "Carnet du sortant" qui recence les structures, contacts et dispositifs vers lesquels la personne libérée peut se tourner. Ce petit carnet a d'ailleurs été à l'origine de l'élaboration au niveau national du "Guide du sortant", un ouvrage de base édité par l'OIP et régulièrement réactualisé. L'amélioration de la prison en France passe par le respect et l'application des droits des détenus mais se pose plus largement la question de l’utilité de la détention si l’on veut réellement mettre les personnes en capacité de s’insérer. Il serait bon de s'interroger sur les chances d'insertion d'un sortant, le plus souvent sans formation, sans argent, sans logement, sans emploi, sans oublier leur état de santé physique et psychologique."
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