Passons ensemble à l’autopartage ! Interview de Maxime Tassin, président de la Scic Alpautopartage

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La passion de l’écologie politique, le goût de l’engagement ont conduit Maxime Tassin, architecte-urbaniste à Grenoble à veiller sur la destinée des 250 véhicules autopartagés.
Président de la Scic Alpes-Autopartage, entreprise coopérative qui porte la marque CitéLib sur le sillon alpin, Maxime Tassin nous livre ses joies, ses convictions et ses aventures au service de l’autopartage pour tous.
 
 

Je souhaitais vraiment que ce « truc-là » se développe dans ma ville !

«  Ma première rencontre avec l’autopartage, c’était à Genève à la fin des années 90. On était venu me chercher avec  une voiture autopartagée  Mobility; je me disais que ce système de voitures partagées  était réalisable chez les suisses, qui pratiquaient déjà le partage des machines à laver dans les immeubles  mais pas envisageable en France.

Quand Daniel Faudry (cf témoignage  du mois de novembre) a fait ses premiers sondages et études de faisabilité à Grenoble, j’ai tout de suite fait « tilt »  et montré mon intérêt pour le développement d’un service d’autopartage.  Que ce soit pour ma vie personnelle ou professionnelle, je souhaitais vraiment que ce « truc-là » se développe dans ma ville !
 

750 €uros, par rapport à l’achat d’une voiture, ça n’est rien du tout ! 

A titre personnel, je me suis inscrit sur la liste des gens intéressés car je préférais  passer à l’autopartage plutôt qu’acheter une deuxième voiture  dans notre foyer ! Ma femme étant contrainte à utiliser professionnellement une voiture deux à trois fois par semaine. Au lieu d’acheter une voiture, j’ai acheté une participation dans la coopérative Cité lib ! 750 €uros, par rapport à l’achat d’une voiture, ça n’est rien du tout !
 

Nous étions cernés par des parcmètres n’ayant pas encore appris la sobriété !

A titre professionnel, j’ai aussi perçu tout l’intérêt que pourrait nous procurer un service d’autopartage. En tant qu’architectes nous sommes évidemment sensibilisés à la trop grande place qu’occupent les voitures dans l’espace urbain (les routes, les multiples parkings et leurs gigantesques accès…). Notre activité alterne entre de longs moments passés à l’atelier et des visites d’une durée moyenne de 2 heures chez nos clients ou sur les chantiers. De plus, l’Atelier éO architecte-urbaniste, Scop avec laquelle je travaillais, était situé en plein centre ville, donc cerné par des parcmètres n’ayant pas encore appris la sobriété !  L’installation d’une station d’autopartage à proximité, a suscité l’intérêt de mes collègues pour cette solution innovante.

Je me suis inscris au service Alpes-Autopartage, fier de ma démarche et impatient, j’ai aussitôt décidé de faire une démonstration à mes collègues. J’étais un peu fébrile car c’était la première fois que je réservais une voiture et je craignais de me retrouver devant un problème ou une mauvaise compréhension du système : heureusement tout s’est bien passé ! En 2005, l’Atelier éO fut donc une des premières entreprises à s’inscrire au tout nouveau service Alpes-Autopartage.
 

Une voiture reste 98 % du temps à l’arrêt !  J’en ai conclu qu’il ne fallait surtout pas rester dans le piège de la « voiture individuelle ».

Avant d’être architecte, je suis d’abord militant d’une certaine sobriété. Les travaux menés à l’époque par le Club de Rome et  publiés dans le rapport « Halte à la croissance ? » (1972), qui mettait en cause une croissance à marche forcée ne tenant pas compte des ressources disponibles et de la démographie furent le point de départ de ma vigilance sur le sujet. Un an après nous devions faire face au premier choc pétrolier ! Cet éveil d’une conscience de l’écologie politique se poursuivra aussi en m’imprégnant des idées d’Yvan Illich (1926-2002).  Déjà, ce penseur démontrait, dans son ouvrage « La convivialité » (1973), que la voiture permettait, en fait, de se déplacer à 6km/h. Pour lui la voiture individuelle était un moyen de transport  surfait. Dans les années 90 le ministère des transports français confirmera cette hypothèse en refaisant les calculs et en aboutissant à une moyenne de 14km/h.

Je suis complètement perméable aux chiffres : une voiture reste 98 % du temps à l’arrêt ! En France, le parc est estimé à environ une voiture individuelle pour deux habitants. A quoi bon vouloir avoir chacun la nôtre ? A ce compte là, pourquoi ne pas avoir chacun son ascenseur individuel avec son contrat de maintenance ? C’est fou ! Nous sommes bien dans une société d’hyper gaspillage.

En réfléchissant un peu,  c’est déraisonnable d’avoir autant de voitures « possédées ». J’en ai conclu qu’il ne fallait surtout pas rester dans le piège de la « voiture individuelle », qu’il nous faudrait inventer de nouveaux modes d’utilisation, se tourner non pas vers une solution, mais au contraire favoriser les multiples  modes de déplacement dans la ville (marche, vélo, autopartage & covoiturage en plus du transport en commun…).
 

Passons ensemble à l’autopartage ;  plus nous serons nombreux plus les possibilités de véhicules en libre service se multiplieront.

A Fribourg en Brisgau, les  habitants ont développé un modèle d’écoquartier qui fait référence : 5000 personnes y sont installées et bénéficient des meilleures conditions pour une vie de quartier agréable : bâtiments passifs, capteurs solaires, habitats groupés, jardins potagers,  voitures en autopartage, circulation à 5km/h, tram, etc. Dans ces conditions il devient possible de se passer de voiture individuelle. Mais au-delà de ces aspects bien visibles, il y a aussi des réalités et des choix faits par les habitants :

  • ne pas avoir de voiture individuelle ou bien voir son potager transformé en place de parking en cas d’acquisition d’un véhicule personnel
  • participer à raison de 2 heures / semaine à la vie du magasin d’alimentation bio (manutentions mises en rayon, recyclage des emballages…).

Comme j’aime le souligner dans les formations professionnelles ou les présentations au grand public, les conditions pour réussir un concept d’écoquartier ne relèvent pas que de la technique mais dépendent aussi de l’engagement de chacun des habitants.

Aujourd’hui nous bâtissons les villes de demain avec des concepts « durables » : c’est bien. Nous posons des actes urbains en lien avec cette démarche : limitation de vitesse à 30 km/h dans toute la ville, construction de nombreux écoquartiers  autour des trams, ouverture de station Cité lib qui remplace 10 voitures individuelles donc libère 10 places de parking ou, au choix,  crée des « néga-places de stationnement »... C’est une chance extraordinaire de pouvoir bénéficier de ces propositions et solutions, mais comme pour l’exemple de l’écoquartier de Fribourg, cela ne remplace pas l’engagement et la mobilisation des habitants et citoyens que nous sommes. Notre responsabilité nous oblige à nous impliquer, nous mettre en mouvement, saisir les opportunités qui s’offrent à nous en matière de développement durable : bref, passons ensemble à l’autopartage ;  plus nous serons nombreux , plus les possibilités de véhicules en libre service se multiplieront.
 

Il est très difficile, car coûteux pour une famille d’acquérir un véhicule aménagé pour le transport d’une personne en fauteuil. 

Autre sujet important pour un architecte : l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Depuis que je travaille, les bâtiments sont organisés pour être accessibles aux personnes en fauteuil  roulant. Avec  les normes exigées par la loi de 2005 concernant tous les  bâtiments recevant du public (ERP), la prise en compte du handicap a avancé et fait partie des sujets inhérents à l’acte de bâtir, mais aussi, avec les agendas d’accessibilité programmée, à la mise aux normes du bâti existant. Néanmoins  le handicap au sens large, c’est aussi beaucoup de différences sur les difficultés des déplacements et donc des solutions très variées  à apporter. Quand j’étais gamin, j’avais deux grands oncles mutilés par la guerre de 14 qui avaient chacun une voiture prenant en compte les spécificités de leur handicap ; aucun des deux ne pouvait pas conduire la voiture de l’autre.

Il y a une dizaine d’années, certaines lignes de bus de Grenoble n’étaient pas accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR). Pourtant notre ville est réputée pour ses efforts concernant les transports et le handicap. Dans la liste des points noirs concernant les TPMR, il est a noter qu’il est très coûteux pour une famille d’acquérir un véhicule aménagé pour un fauteuil roulant. Ces véhicules valent cher et manquaient dans la panoplie des propositions que Cité lib pouvait faire pour incarner au mieux « l’autopartage pour tous » comme le propose son slogan. En groupant nos achats avec ceux du réseau national d’autopartage CITIZ et grâce à une subvention de la Fondation de France nous avons pu en acquérir trois complètement équipés pour le prix de Partners Peugeot ordinaires ; j’espère que nous pourrons en acquérir d’autres. Mon souhait serait  aussi de rendre le maximum de véhicule de la flotte Cité lib accessibles à la conduite pour les différents handicaps, mais cela reste difficile car chaque cas est souvent spécifiques. Nous avons bien installé des boules clipsables sur les volants de certains de nos véhicules, mais  cela est loin de concerner tous les handicaps.
 

Etape par étape nous gagnons du terrain.

Actuellement Cité lib est dans une phase de développement et nous pensons qu’il y a suffisamment de potentiel pour atteindre 3 000 voitures en libre service sur Rhône Alpes, ce qui correspond au niveau actuel où se trouvent nos amis suisses avec Mobility pour un territoire équivalent en  taille et en population à notre région. Avec le savoir-faire et les outils que l’on construit actuellement, nous arrivons à convaincre aussi bien des entreprises que des particuliers à opter pour l’autopartage. Etape par étape nous gagnons du terrain et espérons bien être en capacité de  mettre à disposition  3000 véhicules sur la région Rhône-Alpes d’ici dix ans !
 

Comment êtes-vous devenu Président de la SCIC Alpes Autopartage ?

Probablement parce je reste un « écolo militant motivé ». Mon rôle est de veiller à la pérennité de la structure, de rester dans la légalité dans tout ce que nous entreprenons… il y a beaucoup de loi, de décrets, d’obligations auxquels il est nécessaire de se conformer !
Depuis que je préside le Conseil d’Administration,  je n’ai pas pris d’engagement dans d’autres structures militantes afin de me concentrer sur le fonctionnement de la coopérative. Bien m’en a pris car Martin Lesage et son équipe développent l’activité beaucoup plus vite que je ne le pensais.En 2010 nous avions une quarantaine de véhicules sur Grenoble et Chambéry. Cinq ans plus tard nous en sommes à plus de 250 véhicules répartis sur 4 départements de la région, entre Saint Etienne et Annemasse.
Personnellement, je n’aurais pas eu le cran, ni l’envergure de voir aussi grand, aussi vite et de me projeter ainsi mais j’aime beaucoup travailler avec des gens qui voient plus grand, plus loin que moi.
 

Grenoble NOVEMBRE 2015.
 

A propos de l'auteur

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