Pourquoi le SOL
Source : RhoneSolidaires
L'instauration d'une monnaie complémentaire, « le SOL » favorisant les activités d'utilité écologique et sociale est l'une des propositions du rapport « Reconsidérer la Richesse » que j'avais présenté au gouvernement français en 2002. Nous avons en effet simultanément besoin d'un autre rapport à la richesse et à l'argent.
Sur le premier volet, ce qui était encore il y a six ans, une approche extrêmement marginale, commence à s'imposer dans le débat public international sous le double effet de la crise écologique et financière. Ce ne sont plus les seules institutions les plus en pointe comme le Programme des Nations Unies pour le développement, à l'origine des « indicateurs de développement humain », ou les courants « alternatifs » qui mettent en cause l'agrégat principal des comptabilités nationales connu sous le terme de PIB (produit intérieur brut).
Au cours des trois dernières années des institutions internationales comme la banque mondiale et l'OCDE ont commencé à réviser en profondeur leur position sur les indicateurs de richesse. Plusieurs conférences internationales ont lancé le débat sur la question du décalage entre les enjeux écologiques et sociaux d'une part et la description dominante de la richesse des nations. Le Parlement européen a organisé récemment une grande rencontre intitulée de manière significative « Beyond the GDP » (« Au-delà du PIB »). Et il est significatif que cette rencontre ait été construite avec des acteurs importants de la société civile à l'instar de ce que nous avions entrepris en mars 2002 en co-organisant une rencontre internationale avec le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), le secrétaire d'état à l'économie solidaire de l'époque (Guy Hascoët) et le collectif richesse rassemblant des acteurs associatifs soucieux de donner un prolongement citoyen à la mission que je conduisais à l'époque.
Il faut aussi oser la même approche iconoclaste sur la question monétaire. Comme j'ai eu l'occasion de le souligner lors du colloque à l'initiative du Parlement européen, « Beyond the GDP », les avancées sur la question des indicateurs devront s'accompagner d'avancées de même nature sur la question monétaire dans les prochaines années. On ne peut remettre en cause les thermomètres sans s'interroger sur la pertinence de leurs unités de graduation qui sont le plus souvent monétaires.
Comme le souligne Bernard Lietaer, l'un des anciens directeurs de la banque de Belgiquei, la crise financière actuelle va réouvrir le débat de Breton Woods sur la nécessité d'une monnaie réellement mondiale qui ne soit pas, comme le dollar aujourd'hui ou la livre sterling hier, aussi une monnaie nationale.
En France et peut être demain en Europe - puisque le SOL doit être lancé prochainement en Catalogne espagnole -, le SOL peut être au cœur du développement d'une économie sociale et solidaire qui soit au service d'un développement humain écologiquement soutenable. Il permet de lier le renouveau du développement local aux objectifs planétaires d'une économie au service du mieux être.
Expérimenté dans le cadre d'un programme Equal européen dans cinq régions françaisesii il entre maintenant dans une phase de déploiement dans plusieurs villes, en particulier à Grenoble.
Patrick Viveret
Conseiller à la Cour des Comptes, Président de l'association SOL
- Retrouvez Patrick Viveret le 25 novembre à la Maison du tourisme de Grenoble pour une conférence "Une nouvelle forme de richesse pour un développement humain soutenable"
- Ecoutez une interview de Patrick Viveret sur le SOL réalisé par le site www.reporterre.net
i Auteur de plusieurs ouvrages de référence dont « the Future of money » London, Random House, 2001.
ii Voir des renseignements sur cette initiative portée par de grands acteurs de l'économie sociale française comme la MACIF, le Crédit Coopératif et le groupe « Chèque déjeuner » et expérimentée en Alsace, Bretagne, Ile de France, Nord Pas de Calais et Rhône Alpes sur www.sol-reseau.coop.
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