Quelle reconnaissance de L'ESS en tant que "monde du travail" ?
Source : Rhône-AlpeSolidaires
Suite de l'interview de Mathieu Hély.
Vous indiquez également que l'on ne reconnaît pas suffisamment l'ESS en tant que « monde du travail » à part entière...
Là encore, l'ESS est un monde du travail dénié. Lorsque l'on prend l'enquête emploi que mène l'INSEE tous les 3 mois, on s'aperçoit que l'association n'apparaît pas dans les catégories d'employeur !
L'Insee a cependant lancé depuis quelques années des enquêtes régionales sur l'emploi dans l'ESS...
Oui mais il n'existe pas d'unification nationale de ces études. Ceci montre bien qu'il y a un malaise, surtout lorsque l'on rapproche la part de ces emplois ESS, notamment la hausse dans le secteur associatif, de la baisse des effectifs statutaires du secteur public... Et si l'on considère les métiers de l'ESS, on s'aperçoit qu'ils sont très proches de ceux de l'administration publique. Beaucoup plus en tout cas que ceux du monde de l'entreprise. Le marché du travail dans l'ESS n'est donc pas si hétérogène.
Les salariés ESS sont donc plutôt qualifiés ?
Oui. Contrairement à l'idée communément admise, le fait que l'ESS emploie beaucoup sous contrats aidés ne veut pas dire qu'il s'agit de missions peu qualifiées. Les emplois-jeunes notamment ont amené beaucoup de jeunes qualifiés dans le secteur.
Est-ce que ces salariés qualifiés ne sont pas aussi attirés par le discours sur l'emploi autrement ?
La vocation à faire de l'économie autrement n'est pas infondée mais elle sert parfois d'alibi pour faire accepter le différentiel de rémunération entre secteur associatif et secteur privé lucratif. Toutes choses égales par ailleurs, les rémunérations dans l'ESS sont inférieures de 12 % au secteur privé. L'existence de ce différentiel est bien la preuve que le travail en ESS n'est pas reconnu à sa juste valeur.
De même, on dit beaucoup que les salariés de l'ESS sont aussi des militants au service du projet pour lequel ils travaillent. Mais alors pourquoi ne pas prévoir, comme pour les journalistes, une clause de conscience qui leur permettrait de démissionner en cas de désaccord sur le projet sans qu'ils perdent leurs droits aux Assedic.
Si les militants salariés existent, il ne faut pas nier non plus que le secteur associatif est le secteur économique qui embauche les chômeurs dont l'anciennenté dans le chômage était la plus longue. On fait souvent le choix de l'ESS lorsque l'on a plus d'autres choix. Car c'est un secteur où on n'est pas très bien payé, où il est difficile de faire carrière et où les conditions de travail ne respectent par le Code du travail (notamment du point de vue de la représentation syndicale et de l'application des conventions collectives).
Ce marché du travail ESS n'est-il pas en train de se structurer pourtant, avec des forums emploi, des formations ?
C'est vrai qu'on voit se structurer une offre de formation universitaire importante et que les prud'homales ont amené les employeurs de l'ESS à se rapprocher. Mais ils n'ont pas d'interlocuteurs organisés de la même manière au niveau syndical. On en revient au même problème : le travailleur d'ESS n'est pas pensé en tant que tel, y compris par les syndicats.
- 391 lectures
- Ajouter un commentaire



